Rapporté par Anas ibn Mālik (رضي الله عنه) · Muttafaq ʿalayh · Bukhārī n°13 · Muslim n°45
Ce hadith concis établit une relation directe entre la foi et l'amour fraternel. Il fait de l'altruisme — vouloir pour autrui le bien qu'on veut pour soi — la mesure de la foi complète. Al-Nawawī précise que la négation « lā yuʾmin » ne signifie pas l'absence totale de foi, mais l'absence de sa perfection.
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D'après Abū Ḥamza Anas ibn Mālik (qu'Allah l'agrée), serviteur du Messager d'Allah ﷺ : Le Prophète ﷺ a dit : « Aucun d'entre vous n'aura la foi (complète) tant qu'il n'aimera pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même. »
Source : Bukhārī n°13 · Muslim n°45
Anas ibn Mālik al-Anṣārī (qu'Allah l'agrée), serviteur personnel du Prophète ﷺ pendant dix ans à partir de l'âge de dix ans. Sa mère Umm Sulaym l'avait confié au Prophète ﷺ dès son arrivée à Médine. Il rapporte plus de 2200 hadiths grâce à cette proximité privilégiée. Le Prophète ﷺ invoqua pour lui la longévité et l'abondance — il vécut plus de 100 ans et eut une nombreuse descendance. Il mourut à Baṣra en 93 H, l'un des derniers Compagnons à décéder.
Al-Nawawī explique dans son commentaire de Muslim que « lā yuʾmin » signifie ici « n'a pas une foi complète et parfaite » — pas « n'est pas musulman ». Il s'agit d'un niveau de perfection, non de la condition minimale de la foi. Quelqu'un qui manque d'altruisme reste musulman, mais sa foi est diminuée.
Les savants énumèrent plusieurs dimensions : (1) aimer qu'il ait la guidance comme on la souhaite pour soi, (2) aimer qu'il ait le savoir, (3) aimer qu'il ait la subsistance licite, (4) aimer qu'il ait la bonne famille, (5) ne pas lui souhaiter le mal qu'on ne voudrait pas pour soi. L'amour sincère implique aussi de vouloir pour son frère les bonnes œuvres et les vertus.
La majorité des savants comprennent « frère » comme tout musulman. Certains l'étendent même à tout être humain dans ce qui est compatible avec la justice (par exemple, souhaiter la guidance à tous). Ibn Rajab note qu'aimer pour autrui le bien ferme la porte à l'envie (ḥasad), qui en est l'opposé exact.
L'envie (ḥasad) est souhaiter que le bienfait d'autrui disparaisse. Elle est contraire à ce hadith et à la décrétée divine (qadar). Les savants recommandent trois remèdes : (1) se rappeler qu'Allah est le Donateur et que Sa grâce ne diminue pas, (2) invoquer la bénédiction pour celui qu'on envie (« māshāʾallāh, bāraka Allāh lak »), (3) faire du bien à celui qu'on envie pour adoucir le cœur.