بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Hadith N°48

أَرْبَعٌ مَنْ كُنَّ فِيهِ كَانَ مُنَافِقًا

Rapporté par ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (رضي الله عنهما) · Muttafaq ʿalayh · Bukhārī n°34 · Muslim n°58

Ce hadith est l'un des plus connus de la tradition prophétique sur l'hypocrisie pratique (nifāq ʿamalī). Il distingue clairement le grand nifāq — qui sort de la religion — du nifāq des comportements, qui ne fait pas sortir de l'Islam mais en altère gravement la sincérité. Quatre traits y sont identifiés comme les marqueurs concrets d'un cœur abritant l'hypocrisie : le mensonge, la trahison de la parole donnée, la déloyauté dans le conflit, la rupture du pacte.

عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عَمْرٍو رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا عَنِ النَّبِيِّ ﷺ قَالَ: «أَرْبَعٌ مَنْ كُنَّ فِيهِ كَانَ مُنَافِقًا خَالِصًا، وَمَنْ كَانَتْ فِيهِ خَصْلَةٌ مِنْهُنَّ كَانَتْ فِيهِ خَصْلَةٌ مِنَ النِّفَاقِ حَتَّى يَدَعَهَا: مَنْ إِذَا حَدَّثَ كَذَبَ، وَإِذَا وَعَدَ أَخْلَفَ، وَإِذَا خَاصَمَ فَجَرَ، وَإِذَا عَاهَدَ غَدَرَ». خَرَّجَهُ البُخَارِيُّ وَمُسْلِمٌ.

D'après ʿAbd Allāh ibn ʿAmr (qu'Allah les agrée tous deux), d'après le Prophète ﷺ qui a dit : « Quatre traits, en qui les réunit est un pur hypocrite, et en qui en a un seul porte en lui un trait d'hypocrisie tant qu'il ne l'abandonne pas : celui qui ment quand il parle, celui qui manque à sa parole quand il promet, celui qui triche dans le conflit quand il dispute, et celui qui trahit quand il s'engage. » Rapporté par Bukhārī et Muslim.

Source : Bukhārī n°34 · Muslim n°58

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Le rapporteur du hadith

ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (qu'Allah les agrée tous deux), Compagnon, fils de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ. Il se convertit à l'Islam avant son père et fut connu pour son adoration intense, son jeûne fréquent et sa lecture continue du Coran. Il fut l'un des premiers à mettre par écrit les hadiths du Prophète ﷺ — sa collection portait le nom d'al-Ṣaḥīfa al-Ṣādiqa (« le feuillet véridique »). Il mourut vers 65 H. C'est l'un des quatre Compagnons du nom de ʿAbd Allāh dont la science fut renommée (avec Ibn ʿAbbās, Ibn ʿUmar et Ibn al-Zubayr).

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Explication du vocabulaire

أَرْبَع arbaʿ
Quatre — annonce un dénombrement précis.
خَصْلَة khaṣla
Trait, caractéristique, qualité (généralement morale).
مُنَافِق munāfiq
Hypocrite — qui affiche une chose et en cache une autre.
نِفَاق nifāq
Hypocrisie. Distinguée en deux types : nifāq d'incroyance et nifāq d'agissement.
حَدَّثَ ḥaddatha
Parler, raconter, transmettre une parole.
كَذَبَ kadhaba
Mentir.
وَعَدَ waʿada
Promettre.
أَخْلَفَ akhlafa
Manquer à sa promesse, faire défaut.
خَاصَمَ khāṣama
Disputer, plaider, être en conflit (souvent juridique).
فَجَرَ fajara
Commettre l'injustice, transgresser, dévier — ici : tricher dans le conflit.
عَاهَدَ ʿāhada
Conclure un pacte, prendre un engagement formel.
غَدَرَ ghadara
Trahir un pacte, manquer à sa parole engagée.
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Distinguer les deux nifāq : doctrinal et pratique

Cadre théologique préalable
Les savants distinguent le nifāq akbar (afficher l'Islam tout en le rejetant intérieurement — hypocrisie qui mène en Enfer éternel) du nifāq aṣghar (commettre des actes typiques de l'hypocrite tout en étant musulman sincère). Le hadith porte sur le second.
Nifāq Théologie

Le nifāq akbar — l'hypocrisie de croyance

C'est l'hypocrisie de ʿAbd Allāh ibn Ubayy et de ses pareils à Médine : afficher la foi par les lèvres tout en cachant l'incroyance dans le cœur. Allah dit : « Les hypocrites seront au plus profond du Feu » (Coran 4:145). Ce nifāq sort de l'Islam.

Le nifāq aṣghar — l'hypocrisie des actes

C'est celui visé par le hadith : un musulman sincère peut tomber dans des comportements caractéristiques de l'hypocrite. Cela ne le sort pas de la religion, mais corrompt sa foi et le rapproche dangereusement du grand nifāq si ces traits s'enracinent. Ibn Rajab souligne : « Celui qui réunit ces quatre traits est devenu pur hypocrite par ses actes, même si sa foi intérieure n'est pas remise en cause. » L'avertissement est sévère.

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Le mensonge dans la parole

Premier signe — al-kadhib
Mentir quand on parle est le premier marqueur. Le mensonge est l'opposé direct du ṣidq, qui est l'attribut central du croyant. Le Prophète ﷺ disait : « Le ṣidq mène à la piété, et la piété mène au Paradis ; le mensonge mène à la perversion, et la perversion mène au Feu » (Bukhārī).
Kadhib Ṣidq

« Quand il parle, il ment »

إِذَا حَدَّثَ كَذَبَ

Le Prophète ﷺ ne vise pas un mensonge isolé — qui peut survenir comme faiblesse — mais l'habitude : faire du mensonge le mode normal de sa parole. Le croyant peut commettre presque tous les péchés et rester croyant, mais le mensonge attaque la racine même de la foi, car la foi est attestation (shahāda) de vérité. ʿĀʾisha (qu'Allah l'agrée) disait : « Aucun trait n'était plus haï du Prophète ﷺ que le mensonge » (Aḥmad).

3

Manquer à sa promesse

Deuxième signe — khulf al-waʿd
Promettre puis ne pas tenir, sans excuse valable, est le deuxième marqueur. La parole donnée engage. La fiabilité de la promesse est l'un des piliers de la confiance sociale et de l'éthique islamique.
Waʿd Fiabilité

« Quand il promet, il manque »

إِذَا وَعَدَ أَخْلَفَ

Les savants précisent : si une personne promet avec l'intention sincère de tenir, et qu'un empêchement légitime survient, elle n'est pas dans cette catégorie. Le trait d'hypocrisie consiste à promettre sans intention de tenir, ou à ne faire aucun effort pour honorer la promesse. Le Coran loue Ismāʿīl (ʿalayhi al-salām) en disant : « Il était véridique en sa promesse » (Coran 19:54). Le manquement systématique érode la confiance et révèle un cœur qui considère la parole comme sans poids.

4

Tricher dans la dispute

Troisième signe — al-fujūr fī al-khuṣūma
Quand la dispute survient, l'hypocrite déborde des limites : il ment, exagère, déforme les faits, dénigre injustement son adversaire. Le conflit est le test de la droiture morale.
Khuṣūma Fujūr

« Quand il dispute, il triche »

إِذَا خَاصَمَ فَجَرَ

Le « fujūr » dans le conflit, c'est sortir des limites de l'équité : mentir sur les faits, fabriquer des accusations, refuser de reconnaître ce qui est vrai chez l'autre, recourir à l'insulte et à la diffamation. C'est dans le conflit que le caractère se révèle ; l'hypocrite y montre son vrai visage. ʿAlī (qu'Allah l'agrée) disait : « Tu connais l'homme dans trois situations : le voyage, la transaction financière, et la dispute. » Le croyant, même dans le conflit, garde la mesure et la vérité.

5

Trahir le pacte

Quatrième signe — al-ghadr
Après avoir conclu un pacte ou un engagement formel, le trahir. Distinct de la simple promesse non tenue : il s'agit ici d'un engagement solennel, contractuel, ou diplomatique.
ʿAhd Ghadr

« Quand il s'engage, il trahit »

إِذَا عَاهَدَ غَدَرَ

Le ghadr — la trahison d'un pacte — est l'un des péchés les plus graves dans l'éthique prophétique. Le Prophète ﷺ a dit : « Pour chaque traître (ghādir), un étendard sera dressé au Jour de la Résurrection, sur lequel on dira : voici la trahison d'untel fils d'untel » (Bukhārī, Muslim). Cela vaut pour les pactes individuels (mariage, contrat de travail, accord financier), mais aussi pour les pactes collectifs : traités entre États, alliances, engagements communautaires. La fidélité à la parole donnée est l'un des fondements de la civilisation prophétique.

L'avertissement gradué

Le Prophète ﷺ précise : « En qui réunit ces quatre, est un pur hypocrite. En qui n'en a qu'un seul, porte en lui un trait d'hypocrisie tant qu'il ne l'abandonne pas. » C'est un appel à l'examen de conscience permanent. Ces quatre traits ne décrivent pas l'autre — l'ennemi extérieur — mais sont des miroirs tendus à chaque musulman. L'hypocrisie commence en soi avant de s'incarner dans une figure.

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Règles juridiques extraites

Principes dégagés par les savants
8 règles juridiques et principes sont extraits de ce hadith par les commentateurs.
  • Le nifāq se distingue en akbar (de croyance, sortant de l'Islam) et aṣghar (d'agissement, restant dans l'Islam)
  • Réunir les quatre traits fait du musulman un « pur hypocrite » au sens des œuvres
  • Avoir un seul de ces traits constitue déjà une part d'hypocrisie
  • Le mensonge habituel dans la parole est le premier marqueur du nifāq
  • Manquer à sa promesse sans excuse valable est un trait d'hypocrisie
  • La déloyauté dans le conflit (mentir, calomnier, exagérer) est dénoncée
  • La trahison d'un pacte (ghadr) est l'un des péchés majeurs en éthique islamique
  • L'examen de conscience sur ces quatre traits est un devoir permanent du croyant

🧠 Grille mnémotechnique

1
KADHIB
Mentir en parlant
Premier signe
2
KHULF
Manquer à sa promesse
Deuxième signe
3
FUJŪR
Tricher dans le conflit
Troisième signe
4
GHADR
Trahir le pacte
Quatrième signe