Rapporté par Abū Dharr (رضي الله عنه) · Ṣaḥīḥ · Muslim n°2577
Ce hadith qudsī est l'un des plus beaux et complets du recueil. Allah s'adresse directement à Ses serviteurs en leur rappelant plusieurs vérités fondamentales : Son absolue indépendance, Sa générosité infinie, Son pardon total, et la responsabilité individuelle. Le ton est à la fois majestueux et intime — « Ô Mes serviteurs » répété comme un appel d'amour.
Disponible sur ordinateur
D'après Abū Dharr al-Ghifārī (qu'Allah l'agrée) : Le Prophète ﷺ a rapporté d'après son Seigneur Béni et Très-Haut qu'Il a dit : « Ô Mes serviteurs, Je Me suis interdit l'injustice et Je l'ai rendue interdite entre vous — ne soyez donc pas injustes entre vous. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous égarés sauf celui que Je guide — demandez-Moi la guidance, Je vous guiderai. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous affamés sauf celui que Je nourris — demandez-Moi nourriture, Je vous nourrirai. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous nus sauf celui que Je vêts — demandez-Moi vêtement, Je vous vêtirai. Ô Mes serviteurs, vous péchez nuit et jour et Je pardonne tous les péchés — demandez-Moi pardon, Je vous pardonnerai. Ô Mes serviteurs, vous ne pouvez jamais atteindre un niveau de nuisance qui Me nuirait, ni un niveau de profit qui Me profiterait. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d'entre vous, humains et jinns, avaient le cœur le plus pieux d'un seul d'entre vous, cela n'ajouterait rien à Mon royaume. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d'entre vous, humains et jinns, avaient le cœur le plus pervers d'un seul d'entre vous, cela ne diminuerait rien de Mon royaume. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d'entre vous, humains et jinns, se tenaient sur une seule étendue et Me demandaient, et que Je donne à chacun ce qu'il demande, cela ne diminuerait rien de ce que J'ai, sauf comme l'aiguille trempée dans l'océan en retire. Ô Mes serviteurs, ce sont vos propres œuvres que Je compte pour vous, puis Je vous les rétribuerai en plein. Celui qui trouve du bien, qu'il loue Allah ; celui qui trouve autre chose, qu'il ne blâme que lui-même. »
Source : Muslim n°2577
Abū Dharr Jundub ibn Junāda al-Ghifārī (qu'Allah l'agrée), l'un des premiers convertis à l'Islam (4e ou 5e). Sa tribu Ghifār était connue pour ses brigandages, mais Abū Dharr se convertit avant même d'avoir rencontré beaucoup de musulmans, grâce à sa quête personnelle de vérité. Il était ascète, franc, parlant toujours vrai au risque de déplaire. Il mourut seul à al-Rabdha, près de Médine, en 32 H.
Allah S'est interdit l'injustice — non parce qu'Il y serait contraint (Il est libre absolu), mais par Sa perfection. Il n'y a jamais de ẓulm dans Ses actes. Cela contredit toute croyance qui attribuerait à Allah un caprice injuste. Tout ce qui arrive aux créatures est justice, même ce qui nous paraît difficile.
Par conséquence logique, l'injustice est interdite entre humains. Le ẓulm inclut : voler, mentir au sujet d'autrui, priver quelqu'un de son droit, oppresser les faibles, être tyrannique dans la famille ou au travail. Dans un autre hadith : « Crains l'invocation de l'opprimé — entre elle et Allah il n'y a pas de voile » (Bukhārī).
Allah énumère quatre besoins fondamentaux et montre que dans chacun, l'humain est totalement dépendant de Lui : (1) la guidance spirituelle, (2) la nourriture corporelle, (3) le vêtement (abri, protection), (4) le pardon des péchés. Pour chaque besoin, la solution est la même : « demandez-Moi, Je vous donnerai » — ouvrir la porte du duʿāʾ.
« Fa-staʾdūnī uhdikum » — demandez-Moi la guidance, Je vous guiderai. Cette formule est la même pour chaque besoin. Allah invite Ses serviteurs à Lui demander constamment, car c'est en demandant qu'on reconnaît Sa seigneurie et qu'on actualise notre dépendance consciente. La prière devient ainsi le cœur de la vie du croyant.
Les humains ne peuvent nuire ni profiter à Allah. Notre piété ne Lui apporte rien, notre péché ne Lui enlève rien. Il est al-Ghaniyy (le Riche par Soi) et al-Ḥamīd (le Digne de louange en Soi). C'est pourquoi notre adoration est pour notre propre bénéfice, non pour Allah.
Image magnifique : si tous (humains et jinns depuis le début jusqu'à la fin) se tenaient et demandaient à Allah tout ce qu'ils veulent, et qu'Il donnait à chacun tout ce qu'il demande, cela diminuerait de Son royaume comme une aiguille trempée dans l'océan le diminue. C'est-à-dire absolument rien. Les trésors d'Allah sont inépuisables.