Rapporté par Sahl ibn Saʿd al-Sāʿidī (رضي الله عنه) · Ḥasan · Ibn Mājah n°4102
Ce hadith court contient la formule magique d'un double amour : l'amour d'Allah et l'amour des gens, tous deux obtenus par le zuhd. Le zuhd n'est pas l'abandon du monde mais la non-dépendance à lui. C'est un détachement intérieur qui libère le cœur.
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D'après Abū al-ʿAbbās Sahl ibn Saʿd al-Sāʿidī (qu'Allah l'agrée) qui a dit : Un homme vint au Prophète ﷺ et dit : « Ô Messager d'Allah, indique-moi un acte qui, si je l'accomplis, fera qu'Allah m'aimera et que les gens m'aimeront. » Il répondit : « Renonce à la vie d'ici-bas, Allah t'aimera. Et renonce à ce qui est aux gens, les gens t'aimeront. »
Source : Ibn Mājah n°4102
Sahl ibn Saʿd al-Sāʿidī (qu'Allah l'agrée), Anṣārī de Médine. Il avait 15 ans à la mort du Prophète ﷺ. Il rapporta environ 188 hadiths. Il vécut très longtemps — plus de 96 ans selon certaines sources — et fut l'un des derniers Compagnons en vie à Médine. Il mourut en 88 ou 91 H.
Le zuhd n'est pas l'abandon des biens, c'est l'abandon de l'attachement. Un homme riche peut être zāhid (ascète intérieur) s'il ne considère pas ses biens comme étant lui-même. Un pauvre peut être mondain s'il convoite ce qu'il n'a pas. Le zuhd est l'état du cœur, non celui des mains. ʿAlī disait : « Le zuhd n'est pas de ne rien posséder, c'est de n'être possédé par rien. »
Celui qui renonce intérieurement au monde a le cœur disponible pour Allah. Sa volonté n'est pas divisée entre deux maîtres (Allah et la dunyā). Dans un hadith : « Deux cœurs ne se rencontrent pas dans une même poitrine » (paraphrase). L'amour d'Allah croît en proportion du détachement du monde.
Les humains ressentent instinctivement qui les convoite et qui les respecte. Celui qui ne veut rien des autres — ni leur argent, ni leur position, ni leur gratitude — gagne naturellement leur estime et leur amour. Il n'y a pas d'enjeu, pas de pression, pas de tension. La relation peut être libre et sincère.
Imam al-Shāfiʿī disait que s'élever aux yeux des gens n'est possible qu'en ne leur demandant rien. Celui qui dépend continuellement des gens (financièrement, émotionnellement, socialement) perd leur respect. Celui qui est autosuffisant (avec Allah) devient respecté et aimé.
(1) Zuhd des pécheurs : renoncer à l'illicite. C'est un minimum pour tout musulman. (2) Zuhd des pieux : renoncer au superflu licite qui détourne d'Allah (luxe excessif, divertissements prolongés). (3) Zuhd des ʿārifīn : ne voir dans ce monde que les moyens qui rapprochent d'Allah, considérer le reste comme poussière. Ce dernier degré est celui des prophètes et des saints.
Le Prophète ﷺ, pouvant avoir les montagnes transformées en or, préférait la simplicité. ʿĀʾisha disait : « Il ne mangeait jamais à sa satiété trois jours de suite » (Bukhārī). Son lit était une natte. Son menu ordinaire, pain d'orge et dattes. Pourtant il était aimé d'Allah et des gens — illustration parfaite de ce hadith.